Mettre à jour ne suffit pas toujours

Tu viens d’appliquer WordPress 7.0.2 pour corriger la faille critique wp2shell. Bonne nouvelle : la porte est fermée.

Mauvaise nouvelle : si quelqu’un était déjà entré avant que tu ne la fermes, la mise à jour ne l’expulse pas. Un attaquant qui a eu le temps de créer un compte administrateur ou de déposer une porte dérobée reste chez toi, correctif ou pas.

Précisons tout de suite pour ne pas t’alarmer inutilement : au moment de la publication des correctifs, aucune exploitation active de cette faille n’était rapportée et les chercheurs n’avaient pas publié le détail de l’attaque. La probabilité que ton site ait été touché est donc faible.

Faible n’est pas nulle, et la vérification coûte trente minutes. Voici comment procéder.

Signe 1 : un compte administrateur que tu ne reconnais pas

C’est le premier réflexe, et le plus révélateur.

Va dans Comptes puis Tous les comptes, et filtre sur le rôle Administrateur.

Pose-toi la question pour chaque ligne : est-ce que je sais qui est cette personne ?

Les signaux qui doivent t’alerter :

Trie la liste par date d’inscription pour repérer les arrivées récentes en un coup d’œil.

Attention aux faux positifs : certains plugins et certains hébergeurs créent des comptes techniques légitimes. Avant de supprimer, vérifie auprès de ton prestataire.

Signe 2 : des fichiers modifiés récemment

Un attaquant qui dépose une porte dérobée laisse forcément une trace sur le disque : un fichier créé ou modifié.

Si tu as un accès SSH, cette commande liste les fichiers PHP modifiés dans les sept derniers jours :

find . -name "*.php" -mtime -7 -ls

Sans SSH, le gestionnaire de fichiers de ton hébergeur permet en général de trier par date de modification.

Ce que tu cherches :

Un point de repère utile : après une mise à jour, tous les fichiers du cœur ont sensiblement la même date. Celui qui dépasse mérite un regard.

Signe 3 : une activité inhabituelle dans les journaux d’accès

La faille passait par l’API REST de WordPress, et plus précisément par la route /wp-json/batch/v1. Tes journaux d’accès (access logs), disponibles chez ton hébergeur, gardent la trace des requêtes reçues.

Ce qui doit attirer l’attention :

Tu n’as pas besoin d’être expert : cherche simplement ce qui sort du motif habituel de ton trafic.

Signe 4 : les symptômes visibles

Parfois, la compromission se voit sans rien chercher :

Signe 5 : ce que disent les outils

Deux sources gratuites et fiables :

Google Search Console. Section Sécurité et actions manuelles. Si Google a détecté du contenu malveillant, c’est écrit noir sur blanc.

Un scanner de sécurité WordPress. Les plugins de sécurité courants comparent les fichiers du cœur avec les fichiers officiels et signalent toute différence. C’est un excellent filet, à condition de ne pas s’y fier aveuglément : un scanner détecte ce qu’il connaît.

Tu as trouvé quelque chose. Et maintenant ?

Garde la tête froide et procède dans cet ordre.

1. Ne supprime pas tout tout de suite. Fais d’abord une copie complète du site dans son état actuel, même compromis. C’est ta preuve et ton point de retour si tu effaces quelque chose d’important par erreur.

2. Coupe l’accès. Change les mots de passe : administration WordPress, FTP, base de données, panneau d’hébergement. Force la déconnexion de toutes les sessions.

3. Supprime les comptes illégitimes, après avoir vérifié qu’ils ne sont pas des comptes techniques de ton hébergeur.

4. Restaure une sauvegarde antérieure à la compromission, si tu en as une et si tu peux dater l’intrusion. C’est souvent plus fiable que de nettoyer à la main.

5. Réapplique la mise à jour vers 7.0.2 (ou 6.9.5, ou 6.8.6) sur le site restauré. Une sauvegarde ancienne est par définition une version vulnérable.

6. Change aussi les clés de sécurité dans wp-config.php (les fameuses AUTH_KEY et compagnie). Cela invalide toutes les sessions volées.

Quand appeler quelqu’un

Fais-toi aider sans hésiter si :

Un nettoyage bâclé donne un site qui semble réparé pendant deux semaines, puis rechute. La porte dérobée est presque toujours ailleurs que là où on l’a cherchée.

Le meilleur moment pour s’en occuper

Vérifier après une alerte, c’est bien. Ne pas avoir à le faire dans l’urgence, c’est mieux.

Trois habitudes suffisent à changer la donne : des sauvegardes automatiques testées, des mises à jour appliquées dans la semaine, et quelqu’un qui regarde les alertes. Si aucun de ces trois points n’est couvert sur ton site aujourd’hui, c’est là qu’il faut commencer.

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