Trois devis, trois camps, zéro chiffre honnête

Une cliente m’a envoyé trois devis pour refaire son site vitrine. Le premier : 49 €/mois « tout compris ». Le deuxième : 5 200 € en one-shot plus maintenance à la carte. Le troisième : « faites-le vous-même sur Wix, 30 €/mois ». Trois documents, trois calculs qui, comme par hasard, concluaient chacun que leur modèle était le moins cher.

C’est le problème du débat français sur les sites par abonnement : chaque agence produit un tableau qui fait gagner son propre modèle. WebTensor annonce un rapport de 1 à 7 en faveur de l’abonnement (WebTensor). En face, Agence LS parle de « rente à vie » et de 9 000 € sur 5 ans (Agence LS). Les deux ont raison. Les deux mentent par omission.

Je vais prendre un cas concret — anonymisé — et poser les vrais chiffres sur 36 mois. Sans camp. Parce que selon ton profil, la bonne réponse change du tout au tout.

Le contexte : une PME de services, site vitrine

Prenons un cas représentatif (fictif mais typique de ce qu’on voit passer) : un cabinet de conseil parisien, 6 personnes, un site vitrine de 8 pages, un blog alimenté 2 fois par mois, un formulaire de contact, pas d’e-commerce. Besoins d’évolution : modérés mais réels — une nouvelle page service par an, des retouches de contenu tous les mois, un refresh design vers l’année 2.

Budget mental du dirigeant : « je ne veux pas y penser, je veux que ça marche et que ça reste à jour ».

C’est exactement le profil sur lequel les trois modèles se disputent. Voyons ce que chacun coûte vraiment.

Le problème initial : des coûts invisibles partout

Le piège, dans les trois cas, ce sont les lignes qu’on ne voit pas au moment de signer.

L’infrastructure pure, elle, est ridiculement bon marché et ne varie quasiment pas d’un modèle à l’autre : un nom de domaine coûte une dizaine d’euros par an, un hébergement mutualisé de qualité entre 15 et 120 € par an (Simplébo, Agence LS). Tout le reste du prix, c’est du service humain. C’est ça qu’on compare, pas des serveurs.

Le vrai calcul sur 36 mois

Voici les trois scénarios pour notre cabinet, avec des hypothèses réalistes tirées des fourchettes du marché.

PosteAbonnementOne-shot + à la carteDIY (Wix/no-code)
Création initiale0 € (inclus)5 000 €0 €
Mensualité / abonnement79 €/mois × 36 = 2 844 €30 €/mois × 36 = 1 080 €
Hébergement + domaine 3 ansinclus~250 €inclus
Maintenance techniqueincluse~150 €/mois × 36 = 5 400 €incluse (basique)
Modifications/évolutionsincluses (dans forfait)~1 500 € (à la carte)0 € (tu les fais)
Ton temps (valorisé ~40 €/h)~5 h/an = 600 €~10 h/an = 1 200 €~60 h/an = 7 200 €
Total 36 mois~3 444 €~12 350 €~8 280 €

Regarde bien. Si tu ne comptes pas ton temps, le DIY tombe à 1 080 € et devient imbattable sur le papier. C’est exactement le calcul que fait Wix (Wix). Mais 60 heures par an à te battre avec un éditeur, à corriger un affichage cassé, à comprendre pourquoi ton formulaire de contact n’envoie rien — c’est du temps que tu ne factures pas à tes clients.

Et le one-shot ? Il explose à cause de la maintenance à 150 €/mois. Mais cette hypothèse est un choix. Beaucoup de PME prennent un one-shot puis gèrent la maintenance en interne ou en forfait léger. Recalcule avec une maintenance basique à 500 €/an au lieu de 150 €/mois, et le one-shot retombe à ~7 250 € — moins cher que le DIY chronophage.

La leçon du tableau : le classement dépend entièrement de deux variables — combien tu fais évoluer ton site, et combien vaut ton temps.

La solution qu’on a proposée (et pourquoi ce n’était pas l’abonnement)

Pour ce cabinet, on a fait un choix qui va vous surprendre venant d’une agence qui vend de l’abonnement : on a recommandé le one-shot avec maintenance légère.

Pourquoi ? Trois actions dans notre diagnostic :

  1. On a mesuré le rythme réel d’évolution. Une page par an, des retouches de contenu que le dirigeant voulait faire lui-même. Pas de refonte permanente. Donc le principal argument de l’abonnement — les modifs illimitées incluses — ne servait presque pas.
  2. On a chiffré la propriété. Le cabinet voulait garder la main sur son domaine, son code et ses contenus. En one-shot bien fait, le code, le design et le domaine reviennent intégralement à l’acheteur (NovFr). C’est un actif, pas une location.
  3. On a séparé création et maintenance. Création propre en WordPress, puis un forfait maintenance mensuel léger couvrant sécurité, sauvegardes et mises à jour sans casse. Pas de facturation surprise.

Le point de bascule est documenté : l’abonnement devient structurellement plus coûteux qu’un achat à partir de 3 à 5 ans quand les besoins d’évolution sont faibles (Studio Seja). Ce cabinet était pile dans ce cas.

Résultat : le bon modèle pour le bon profil

Sur 36 mois, le cabinet s’en tire aux alentours de 7 000 € tout compris, avec un site qu’il possède. À l’année 4, il ne paie plus que sa maintenance. En abonnement, la facture aurait continué de courir indéfiniment.

Mais — et c’est là que l’honnêteté compte — si ce même cabinet avait eu besoin d’une nouvelle landing par mois, d’A/B tests permanents, d’un blog quotidien, l’abonnement aurait gagné haut la main. À ce rythme d’évolution, les modifs à la carte d’un one-shot auraient explosé le budget, et l’abonnement tout compris à budget prévisible aurait été le choix rationnel (Le Site Français).

Voici comment je résume à mes clients :

Les pièges à vérifier avant de signer, quel que soit le modèle

Le prix affiché n’est jamais la vraie question. Ce qui compte, c’est ce qui est réellement inclus et ce que tu récupères en partant.

Un cas réel documenté : un restaurateur payait 89 €/mois pour un site qu’il ne pouvait ni transférer ni modifier librement. En 3 ans, plus de 3 000 € pour une prestation basique et un site qu’il ne possédait pas (ToonetCreation). Le problème n’était pas l’abonnement en soi — c’était l’absence de réversibilité.

Avant de signer quoi que ce soit :

L'abonnement est-il toujours plus cher à long terme ?

Non. Il devient plus cher que l’achat quand tes besoins d’évolution sont faibles, généralement au-delà de 3 à 5 ans. Mais si tu fais évoluer ton site en permanence, les modifs à la carte d’un one-shot coûtent plus cher que l’abonnement tout compris.

Le DIY est-il vraiment gratuit ?

Non. L’outil coûte 0 à 50 €/mois, mais ton temps est le vrai coût. Compte 40 à 60 heures par an de gestion. Si ton taux horaire est élevé, le DIY est souvent le modèle le plus cher, pas le moins cher.

Que faut-il vérifier en priorité dans un devis ?

La réversibilité (peux-tu partir avec ton site), le périmètre exact des modifications incluses, et la propriété du domaine et du code. Le prix mensuel vient après ces trois points.

Peut-on passer d'un abonnement à la propriété plus tard ?

Parfois, mais rarement gratuitement. Certains prestataires facturent un « rachat » du site. Vérifie cette clause avant de signer — c’est souvent là que se cache la captivité.

Le meilleur modèle n’existe pas dans l’absolu. Il existe pour ton rythme d’évolution et ta valeur horaire. Fais ton propre tableau sur 36 mois, valorise ton temps, et méfie-toi de toute agence — la mienne comprise — qui te sort un calcul où son offre gagne toujours.

Ce problème, Peechy s'en occupe

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