L’agence web survivra, mais pas celle qui vend des pages
En 2030, l’agence web existera encore, mais pas sous sa forme actuelle. Le métier de “produire des pages” disparaît : le no-code (150 millions d’utilisateurs Wix) et l’IA générative absorbent la production standard. Ce qui reste défendable, c’est la stratégie, la conversion et la responsabilité technique. Chez Peechy, on a déjà retiré la production pure de notre offre.
Je ne vais pas jouer les voyants. Personne ne sait à quoi ressemblera le web dans quatre ans. Mais je peux poser trois scénarios crédibles, dire lequel je crois le plus probable, et surtout assumer ce qu’on a déjà changé chez nous pour ne pas être pris de court.
Le contexte, sans le catastrophisme
Trois forces tirent dans le même sens depuis 2024.
D’abord, l’IA générative et agentique s’installe dans les processus des entreprises. Deloitte note que le vrai défi n’est plus l’outil mais l’organisation autour de l’outil : gouvernance, talents, création de valeur (Deloitte, State of AI). Autrement dit, savoir prompter ne vaut rien ; savoir quoi construire, oui.
Ensuite, les usages de recherche basculent vers le conversationnel. ChatGPT, Perplexity, Claude sont devenus des réflexes : les internautes ne cherchent plus, ils demandent (Epixelic). Ça fragilise le site comme point d’entrée unique, et donc la valeur de qui le produit.
Enfin, le no-code a atteint sa maturité : plus de 2 millions d’utilisateurs Webflow, plus de 150 millions sur Wix (Lemon Interactive). Un site vitrine correct se monte en un week-end, sans agence.
La peur est réelle et généralisée, indépendante de la taille ou du secteur (DigitalSchool Paris). Bien. Passons aux scénarios.
Scénario 1 : l’agence-curatrice
L’agence ne code plus rien. Elle assemble : elle choisit les bons outils IA et no-code, les configure, les branche entre eux, et garantit un résultat cohérent. Son métier devient celui d’un chef d’orchestre technique.
C’est crédible, et c’est déjà en cours. Le client ne veut pas savoir si son site tourne sur WordPress, Astro ou un générateur IA. Il veut que ça marche, que ce soit rapide, que ça vende. La valeur se déplace vers le curateur qui évite les pièges: un site IA magnifique mais qui ne vend rien, une maintenance qui casse au premier bug, un déploiement bâclé.
Limite : la curation seule est un métier fragile. Si les plateformes intègrent elles-mêmes la config intelligente, le curateur devient un intermédiaire de trop.
Scénario 2 : l’agence-stratégie pure
L’agence abandonne toute production et vend du cerveau : positionnement, architecture de conversion, contenu, GEO, mesure. La ligne défendue par une bonne partie du secteur : l’IA ne remplace ni la stratégie, ni la créativité, ni le conseil, ni la relation client (Beyonds).
C’est le scénario le plus flatteur pour nous, donc je m’en méfie. Il contient une vraie vérité : un brief créatif n’est pas un prompt, et incarner une marque reste hors de portée de l’IA. Mais une agence qui ne touche plus au produit final perd le contact avec le réel. La stratégie sans exécution, c’est du PowerPoint facturé cher.
Scénario 3 : la disparition
Le scénario que peu d’agences osent écrire. Si le trafic migre massivement vers les réponses conversationnelles, si les plateformes deviennent assez malignes pour produire un site performant, correctement déployé et maintenu, alors l’agence-productrice classique meurt. Pas transformée : morte.
Je prends ce scénario au sérieux. Pour toute une catégorie de projets, l’IA seule suffit déjà. Une TPE avec un site vitrine simple n’a plus besoin de nous, et c’est très bien. Nier ça, c’est se raconter des histoires.
Notre pari, et ce qu’on a déjà supprimé
Mon pari : un mélange des scénarios 1 et 2, adossé à une responsabilité technique que l’IA n’assume pas. L’IA construit vite. Elle ne répond pas de ce qu’elle produit à 3 h du matin quand la base de données tombe.
Concrètement, voici ce qu’on a déjà retiré de notre offre chez Peechy :
- La production de sites vitrines standards. Trop de valeur captée par le no-code. On oriente ces demandes vers l’abonnement ou le DIY selon le cas.
- Les maquettes design “à l’ancienne” facturées à part. L’IA génère les premières pistes, un designer humain les tranche.
- La facturation à la page. Elle n’a plus de sens quand une page se génère en minutes.
Ce qu’on a renforcé, en revanche :
| On a réduit | On a doublé |
|---|---|
| Production standard | Stratégie de conversion (CRO) |
| Design isolé | Performance et Core Web Vitals |
| Facturation à la page | Responsabilité technique continue |
| Livraison one-shot | Abonnement avec maintenance incluse |
La stack IA qu’on utilise vraiment (Claude, GitHub Copilot, Hygen) sert à aller plus vite sur ce qui est chiant, pas à remplacer le jugement. On code plus vite, on facture moins d’heures, on met le reste dans la stratégie et la performance.
L’objection : “vous défendez juste votre gagne-pain”
Légitime. Une agence qui dit “l’agence survivra” est juge et partie, comme 50a.fr qui compare le no-code au prêt-à-porter face au sur-mesure. Sauf que ma thèse n’est pas “tout va bien”. Ma thèse est que 70 % de ce qu’une agence facturait en 2020 n’a plus de valeur en 2026, et que celle qui ne l’a pas déjà retiré de son offre ment à ses clients ou à elle-même.
La question n’est pas “l’agence disparaît-elle ?”. C’est “que reste-t-il quand la production ne vaut plus rien ?”. Notre réponse : la responsabilité d’un résultat business, mesuré, maintenu, défendable. Le reste, une IA le fait déjà. Si votre agence facture encore à la page en 2026, changez d’agence avant 2030.
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