Le client qui a posé la bonne question

Il y a trois mois, un directeur marketing d’une PME industrielle basée en région parisienne — une quarantaine de salariés, site à refaire de fond en comble — m’a posé une question que j’entends de plus en plus souvent : “Vous utilisez des outils IA chez Peechy ? Et si oui, est-ce que ça change ce que vous me facturez ?”

La question est légitime. Les outils IA réduisent objectivement certains temps d’exécution. Ce client méritait une réponse honnête, pas un discours corporate sur notre “approche augmentée”. Je lui ai répondu en détail. Voici la version longue de cette réponse — parce qu’elle vaut pour tout le monde.


Ce que les chiffres disent, et ce qu’ils cachent

Selon le sondage Stack Overflow 2025, 84 % des développeurs utilisent ou prévoient d’utiliser des outils IA dans leur workflow — contre 76 % l’an passé. 70 % de ceux qui utilisent des agents IA affirment avoir réduit le temps sur des tâches spécifiques. Ces chiffres sont réels. Mais ils ne disent pas quels outils, pour quels types de tâches, ni avec quelle logique de répartition.

Ce qui m’a frappé dans le rapport Polara Studio d’avril 2026 : les profils les plus productifs n’utilisent pas un seul outil IA. Ils orchestrent plusieurs IA en parallèle, chacune assignée à un périmètre précis. C’est exactement ce qu’on a construit chez Peechy — et ce qu’on n’avait pas anticipé en démarrant.


La stack qu’on utilise, outil par outil

Cursor — notre environnement de code au quotidien

On a migré vers Cursor (fork VS Code, 20 $/mois par dev) il y a un an. Ce n’était pas une décision légère : changer d’IDE a un coût d’adoption réel. Mais le gain est là. L’autocompléteur Supermaven intégré atteint 72 % de taux d’acceptation, contre environ 24 % pour GitHub Copilot seul. Sur une journée de développement, ça se ressent.

Ce qui différencie Cursor de Copilot : la compréhension de la base de code entière, pas seulement du fichier ouvert. Quand on travaille sur une codebase de 40 000 lignes avec des dépendances entre modules, Cursor suit le contexte. Copilot, lui, perd le fil rapidement au-delà d’un fichier.

On utilise Cursor pour : l’autocomplétion ligne à ligne, les refactorisations multi-fichiers, la navigation dans des codebases clients complexes, les revues de diff.

Claude — le cerveau de l’équipe

Claude (Anthropic, plans Pro et Team) est l’outil qu’on a gardé le plus longtemps sans hésitation. On l’utilise à plusieurs niveaux :

C’est aussi l’outil que j’utilise personnellement pour tout ce qui touche au copywriting — y compris cet article en première ébauche. Claude reste supérieur à tous les outils de copywriting IA spécialisés qu’on a testés. J’y reviens plus bas.

Figma + plugins IA natifs — le design sans friction

Figma a intégré nativement des fonctions IA sur ses plans payants en 2025-2026. Ce qu’on utilise concrètement : génération de variantes de layout, suggestions de composants, auto-résumé de commentaires clients sur les maquettes. Ça n’invente pas le design — ça supprime la friction administrative autour.

Pour les moodboards, on est passés à Midjourney systématiquement. Avant, la phase d’exploration visuelle avec un client prenait 2 à 3 allers-retours. Aujourd’hui, on arrive en atelier avec 4 directions visuelles générées en 45 minutes. Le client réagit sur du concret, on itère plus vite. Le jugement créatif reste humain — Midjourney produit, le designer sélectionne et affine. C’est ce que Elias Studio documente également : le designer devient chef d’orchestre, pas sous-traitant.

La question de l’identité visuelle reste entièrement humaine chez nous — ce que l’IA génère ne remplace pas la cohérence d’un design system pensé pour durer.

ElevenLabs — pour les projets avec composante audio

Quelques projets en 2025-2026 ont intégré du voiceover : un client dans le conseil en formation qui voulait des démos produit narrées, un e-commerçant avec des vidéos de présentation. On utilise ElevenLabs pour générer des voix en français de qualité broadcast — le client valide la voix sur un extrait de 30 secondes, on produit le reste en quelques heures. Ce n’est pas un outil qu’on utilise sur chaque projet, mais quand le besoin est là, l’alternative (studio d’enregistrement, comédien voix) était disproportionnée.

GitHub Copilot — encore présent, mais en arrière-plan

On garde GitHub Copilot pour les développeurs qui interviennent ponctuellement sur des stacks JetBrains ou dans des environnements où la migration vers Cursor n’a pas de sens. Sur VS Code, Cursor le remplace. Sur d’autres IDEs, Copilot reste pertinent — il supporte GPT-4, Claude 3.5, Gemini, et l’intégration GitHub est sans friction. Pour un freelance qui contribue à un projet sans vouloir changer d’environnement, c’est le bon choix.


Ce qu’on n’utilise pas (et pourquoi)

Jasper et les copywriters IA premium : on les a testés. La qualité est inférieure à Claude pour le même type de tâche, à un coût supérieur. Supprimés après 6 semaines d’usage.

Lovable, Bolt, v0 pour livrer au client : ces outils peuvent être utiles en phase de prototypage rapide interne, mais on ne les utilise pas pour livrer un site à un client. Les limitations SEO, de performance et de maintenance sont documentées — on en a fait un comparatif honnête et les conclusions restent les mêmes.

Les “agents IA généralistes” type coaches business ou assistants tout-en-un : ROI introuvable. Ces produits sont souvent du prompt engineering packagé avec une interface. Claude fait mieux, sans abonnement supplémentaire.

Les générateurs d’images pour l’identité de marque : Midjourney pour explorer, jamais pour livrer un logo ou des éléments d’identité. Un client qui accepte son identité générée par IA sans passer par un designer senior prend un risque réputationnel concret.


Le gain de productivité réel — sans gonfler les chiffres

Voici ce qu’on mesure concrètement sur les 12 derniers mois :

Ce que ça ne remplace pas : la définition de la stratégie, la relation client, la résolution de bugs complexes, et tout ce qui touche à la performance réelle d’un site — Core Web Vitals, optimisation d’images, architecture de cache. L’IA génère du code fonctionnel, pas nécessairement du code performant.


Ce que ça change pour le client

Pour répondre à ce directeur marketing : oui, certains temps d’exécution ont baissé. Non, ça ne change pas la structure de nos prix — parce que le temps gagné sur les tâches répétitives est réinvesti dans ce qui crée réellement de la valeur : la stratégie, les itérations, la relecture experte. Un site livré 10 jours plus vite mais mal architecturé côté SEO ou conversion, c’est une fausse économie.

La vraie question que pose la productivité IA mesurée par Lenny’s Newsletter — une demi-journée récupérée par semaine en moyenne — c’est : qu’est-ce qu’on fait de ce temps ? Chez Peechy, la réponse est systématique : on le met sur ce que l’IA ne peut pas faire.

La curation de la stack est aussi stratégique que son adoption. Avoir 12 outils IA actifs ne rend pas une équipe 12 fois plus productive. Avoir 5 outils bien choisis, avec une logique claire de qui fait quoi, si.

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